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La couleur noir

Cette semaine, j’ai été touchée et très intéressée par une émission entendue sur France Inter racontant la couleur noire dans notre vie quotidienne et l’évolution de sa perception au cours des siècles. J’ai voulu vous faire partager quelques moments choisis (émission «  Grand bien vous fasse » présentée par Ali Rebeihi).

La couleur noire dans notre quotidien.

« La couleur noire dans la vie quotidienne, couleur du deuil, de la mélancolie, de l’austérité, le noir est une couleur ambivalente, synonyme d’humilité et d’élégance.

Que nous raconte le noir sur notre société, nos mœurs, notre vie quotidienne ? Pourquoi le noir est-il indémodable ? Une émission passionnante avec Michel Pastoureau, écrivain et historien et Jean-Michel Causse, écrivain et designer.

Le noir est-il la couleur préférée des Français, des Européens ?

Michel Pastoureau : « C’est un milieu de gamme, quand on réalise des enquêtes d’opinion depuis la fin du XIXe siècle les résultats sont toujours les mêmes, le bleu vient en tête, puis le rouge et le vert. Derrière lui il y a le blanc, le jaune puis le deuxième peloton avec l’oranger, le violet, le gris, le rose et le brun.

Longtemps le noir n’était pas considéré comme une couleur c’était une non-couleur.

Pendant longtemps les physiciens dans la lignée d’Isaac Newton ont refusé de reconnaître au noir ses qualités chromatiques.

Pourtant le noir est une couleur à part entière, c’est même un pôle très fort du système de la couleur du paléolithique jusqu’au XVIIe siècle. C’est le livre imprimé qui le premier commence à donner au noir et blanc un statut particulier, c’est Newton à la fin du XVIIè qui fait sortir le noir et blanc de l’ordre des couleurs, ils reviennent progressivement chez les artistes, chez les stylistes chez les avant-gardistes à la fin du XIXè début XXè pour les sciences sociales évidemment le noir est une couleur à part entière. »

Le noir, couleur ambivalente.

Comme toutes les couleurs, le noir est une couleur ambivalente, il réunit toutes les peurs enfantines. Michel Pastoureau : « Oui, il a ses bons et ses mauvais aspects. En général on pense aux mauvais aspects, la mort, les ténèbres, le monde souterrain, le diable, l’enfer, la faute, les pêchés… On oublie aussi que c’est la couleur de la tempérance, de l’humilité de la dignité, de l’autorité, du luxe, de l’élégance.

Chaque couleur a ses bons aspects et ses mauvais aspects, cela s’équilibre assez bien.

Nous avons tendance à faire du noir le contraire du blanc c’est pertinent, mais cela n’a pas toujours été comme cela. Dans l’Antiquité et au Moyen-âge le vrai contraire du noir c’est le rouge.  Donc cette histoire du noir qui nous est très familière est au fond relativement courte. »

Mat, brillant, dense, saturé, lumineux : quel est l’important ?

Ali Rebeihi : » Dans les sociétés anciennes deux mots désignaient le noir en latin :

Niger (qui désigne le noir brillant) et Ater qui signifie le noir mat inquiétant, en Français nous n’avons qu’un mot contrairement par exemple à l’Allemand ou à l’Anglais.

Il est intéressant de savoir que blanc en Français et black germanique ont la même étymologie. En fait cela veut dire brillant clair ou brillant sombre. »

Michel Pastoureau : « Dans les sociétés anciennes ou dans certaines sociétés d’Afrique ou d’Asie, il est plus important de savoir si la couleur est claire ou sombre, sèche ou humide, lisse ou rugueuse, que de savoir si on est dans la gamme des noirs, des verts, des rouges, des bleus. »

Les paramètres actuels n’ont pas toujours été les paramètres essentiels pour définir la couleur. Les problèmes de luminosité, de brillance, de clarté, de saturation, de densité ont longtemps étaient plus importants que le paramètre de coloration.

Que représente le noir dans notre vie quotidienne en Occident en France en particulier ?

Depuis vingt ou trente ans, le noir n’a jamais été aussi présent. Prenez les voitures. Trois sur quatre aujourd’hui sont grises, noires ou blanches, dans les années 50, c’était rouge, vert ou bleu.

Depuis une dizaine d’années, les décorateurs ont opté pour le côté obscur dans leurs choix de couleurs. Les propriétaires se soucient moins de l’espace et davantage de l’ambiance. Les couleurs foncées et saturées plaisent, elles permettent de donner du caractère à des espaces sombres et ont tendance à gommer les aspérités. Elles donnent une modernité inattendue et créent une atmosphère apaisante.

L’influence des couleurs sur notre humeur.

Michel Pastoureau : « Il ne faut pas opposer le noir et le blanc d’un côté et le monde des couleurs de l’autre. Dans une grande partie du monde, les couleurs vives sont bien plus présentes que dans le monde occidental. Cela dit, il faut faire un calendrier : l’hiver c’est plus sombre et plus clair en été.

Il y a une différence de palettes entre les grandes villes, les terrains de sport, la plage l’été ou le ski en hiver. Nous portons aujourd’hui des couleurs extrêmement vives sur notre peau, jamais nos grands-parents n’auraient fait cela. Le ressenti est fort.

Pendant longtemps obtenir des tissus de teinte noire était très difficile. Chimiquement le vrai noir est très difficile à obtenir.

En matière de teinturerie pour faire un noir intense, il faudra attendre des époques assez récentes la fin du XVIIIè voire le XIXè. Avant, tous ceux qui devaient être vêtus de noir les moines bénédictins par exemple portaient du gris foncé, du brun foncé, du bleu foncé.

On utilise pour teindre en noir dans la teinturerie traditionnelle des écorces par exemple celles du châtaignier, du chêne ou des racines ou des fruits de ces mêmes arbres, mais cela donne un marron foncé, il faut attendre des dates récentes pour obtenir une couleur noir dense.

Donc le noir est un luxe qui est réservé aux classes supérieures de la société. À la fin du Moyen Âge, le noir devient une couleur élégante, couleur princière, couleur royale.

Toutes les cours d’Europe s’habillent en noir, au XVIè siècle et encore dans la première partie du XVIIè. Cela commence à changer dans la deuxième moitié du XVIIè, c’est en recul complet au XVIIIè qui est un grand siècle des couleurs vives et pastel.

Le noir revient au XIXè. C’est la couleur dominante dans le spectacle de la vie urbaine notamment à cause des fumées d’usines qui déposent de la suie sur tous les vêtements cela se voit moins sur les vêtements noirs, donc il y a une immense mode du noir à partir des années 1850 jusqu’à la Première Guerre mondiale voire, un peu au-delà.

Voici une première approche sur cette couleur énigmatique qu’est le noir, je vous invite à découvrir la suite de ces réflexions dans des articles bientôt publiés sur ce même blog.

J’y aborderai encore l’histoire, bien sûr, qui nous permet de comprendre notre société et son évolution constante, un regard sur d’autres civilisations par rapport à cette couleur. L’ouverture au monde est toujours passionnante et enrichissante.


Sylvie
Conseillère Couleurs
Sorain & Styles